Le 13 Juillet* de la Ville d’Arles

*Exceptionnellement à Arles, la Fête Nationale est célébrée cette année le 13 juillet


Moussu T E Lei Jovents . France-La ciotat / 90 min. 

Samedi 13 juillet à 22h45

Avec une gouaille occitane et une verve poétique qui fleure bon la Provence - terre de soleil et aussi de luttes - leur blues-rock coloré embastille avec tendresse la place de la République… Méfi, ça risque de bouléguer !
Avec Tatou (voix), Blu (guitare, banjo, voix), Souba (basse, contrebasse, scie musicale), Stef Lo Délik (percussions), Denis Lo Braimaire (batterie).


En botanique ou en zoologie, on appelle ça un géotropisme. Ainsi, la différence entre un Marseillais et un Strasbourgeois est qu’à fierté égale, le premier aura plus volontiers recours à la chansonnette pour exprimer l’amour de sa ville. Déjà dans les années 30, Vincent Scotto écrivait des classiques comme Tout Autour de La Corniche ou Zou ! un peu d’aïoli à la gloire du bon vivre de la cité phocéenne. Sauf qu’en établissant les canons d’un genre où se vantaient à longueur de rengaines l’insouciance, le farniente et les bienfaits du soleil, Scotto a aussi favorisé l’ancrage d’une image d’Épinal dans l’inconscient collectif, celle du Marseillais blagueur et nonchalant, qui ne tardera pas à calcifier en cliché. Il faudra attendre les années 1980 et l’apparition de deux groupes majeurs, IAM et Massilia Sound System, l’un branché hip-hop, l’autre reggae, pour voir cette représentation, sinon transformée, du moins sérieusement rénovée. Moussu T e lei Jovents, c’est 30% de Massilia. Tatou en est l’un des membres fondateurs et l’un des M.C., et Blu le guitariste. En 2003, Tatou et Blu ont enregistré un premier album, Mademoiselle Marseille, avec un percussionniste brésilien, avant d’être rejoints par un batteur, Fred Zerbino, ciotaden comme eux. Car de Massilia à Moussu T, il n’y a finalement que les quarante kilomètres de littoral qui séparent Marseille de La Ciotat, l’une veillant sur l’autre comme le ferait une grande soeur, ou une bonne mère. L’histoire de La Ciotat a surtout été marquée ces dernières années par la fermeture des chantiers navals, dont la conséquence fut la destruction des repères sociaux. Moussu T e lei Jovents ont d’une certaine manière été la réponse à cette violente mutation, comme le reggae fut la réponse au vide de Trench Town, et le blues à la privation d’espace pour le Noir en Amérique. Blu : "On habite une ville où l’on a fait croire aux anciens des chantiers que la meilleure façon de dépasser leur situation était d’oublier qu’ils avaient été ouvriers. Exactement comme au début du 20e siècle on a voulu faire croire aux noirs des États-Unis que pour rompre avec leur condition, il leur fallait oublier qu’ils étaient noirs." Sur scène, Moussu T (Tatou) et les Jovents se produisent devant une immense photo en noir et blanc d’un chantier naval en train d’être démonté. Image figée d’un cimetière de ferrailles que semble vouloir ranimer cette musique où circulent tous les sangs chauds de la planète Marseille. Tatou : "À l’origine du groupe, il y a une vieille photo des années 20 où l’on voit des musiciens noirs et blancs jouer ensemble dans un bouiboui du vieux port. On s’est posé cette question : qu’est-ce qu’ils pouvaient bien gratter ensemble à l’époque ? La seule réponse que l’on pouvait apporter était imaginaire et consistait à mettre en ménage des éléments qui appartiennent autant au blues qu’à la chanson provençale." Francis Dordor.