Quelle identité, quand on est d’origine guinéenne, de couleur noire, née à Majorque, donc de nationalité espagnole, que l’on a appris à chanter avec les Gitans et que l’on vit entre Barcelone et les Etats-Unis ? Quelle identité, quand on est druze, né en Cisjordanie, de culture arabe, avec un passeport israélien et vivant à Paris ? Quelle identité, quand on est né en Yougoslavie, nation aujourd’hui disparue, d’une mère serbe et d’un père croate, et que l’on a épousé une musulmane ?
La terre où l’on est né, la langue que l’on parle, la couleur de la peau, ou encore le dieu que l’on honore ou non, ne sont aujourd’hui plus signifiants. L’accélération des échanges et les migrations des peuples ont fait éclater les repères anciens de la notion d’identité. Parce que chacun d’entre nous est porteur de plusieurs cultures, elle se décline désormais au pluriel, et les musiques du monde en sont la parfaite illustration.
Les artistes de cette 13e édition du festival témoignent de ce brassage : Buika et son flamenco à la voix noire ; Goran Bregovic, refondeur avec ses 40 musiciens de la musique des Balkans ; Benjamin Escoriza, qui poursuit le chemin tracé avec Radio Tarifa ; Lo Cor de la Plana, qui met en résonance tradition méridionale et méditerranéenne avec les sonorités les plus actuelles…
C’est cette volonté d’ouverture qui alimente le programme des SUDS, à ARLES, édition après édition. La découverte est l’un des autres fondements du festival et, parmi les artistes programmés cette année, plusieurs donnent leur premier concert public en France ou en Europe : Gong Linna (découverte à Babel Med Marseille), l’Ensemble Tezeta, Jerónimo et Leo de Aurora…
Identités, mixité, créativité… A bien des égards, la cité arlésienne ressemble à ces musiques de l’Autre, et la richesse patrimoniale de notre ville offre un écrin approprié à leur diversité.
Cette année sera aussi l’occasion de célébrer le 30e anniversaire de la prestigieuse maison d’édition arlésienne, Actes Sud, en accueillant le grand poète Mahmoud Darwich à l’occasion d’un récital poétique au Théâtre Antique, et en inaugurant avec Magyd Cherfi, une nouvelle scène, sur les quais du Rhône, place Nina Berberova.
Grâce à la Fondation LUMA, avec le soutien d’ARTE actions culturelles, et la complicité de Radio Nova, nous investissons également une autre facette de l’identité de notre cité, la friche des Ateliers SNCF. Ainsi, Ojos de Brujo Sound System, Toumani Diabaté, Silverio Pessoa et bien d’autres, présentent à l’Atelier des Forges des créations originales où se répondent musique et images. Prélude, nous le souhaitons, à de futurs échanges entre photographes, vidéastes et musiciens.
Croisant nos projets avec des partenaires nouveaux ou historiques, arlésiens ou internationaux, dynamisés par l’effervescence arlésienne autour des ateliers Sncf et de la candidature Marseille-Provence, capitale européenne de la culture en 2013, nous vous proposons une programmation enrichie de nombreuses collaborations et une édition dense, variée et colorée
Nul doute que cette 13e édition marque une nouvelle étape dans le développement de notre structure. En effet, SUDS, c’est toute l’année un laboratoire, un lieu de rencontres et d’expérimentations artistiques. Le Festival en est à la fois le point d’orgue et l’étincelle qui inspire de nouveaux projets.
Marie José Justamond
Directrice artistique
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