

| MAHMOUD DARWICH | |
A l'occasion du 30e anniversaire de la célèbre maison d'édition arlésienne, ACTES SUD et SUDS, à ARLES renforcent leur collaboration et offrent un événement au croisement de la littérature et des musiques du monde. Mahmoud Darwich est poète. Il est aussi palestinien. Devenu malgré lui porte-parole de tout un peuple. Je suis, dit-il, celui que l'on désigne comme "le poète de la Palestine" et l'on requiert de moi de fixer mon lieu dans la langue. J'étais, lorsque j'ai commencé à écrire, habité par l'obsession de dire ma perte, mes sens, les limites imposées à mon existence. Je voulais m'exprimer, ne rêvant de changer que moi-même. Mais que pouvais-je contre le fait que mon histoire individuelle se confondait avec celle d'un peuple ? Mes lecteurs ont ainsi tout naturellement trouvé dans ma voix personnelle leur voix personnelle et collective. Mais moi, lorsque j'ai chanté en prison la nostalgie du café et du pain de ma mère, je n'aspirais pas à dépasser les frontières de mon espace familial. Et lorsque j'ai chanté mon exil, les misères de l'existence et ma soif de liberté, je ne voulais pas faire de la "poésie de résistance". Comment ne pas se noyer dans son "moi" ni le perdre en se changeant en porte-parole ou représentant de son peuple ? Mahmoud Darwich a vécu en exil pendant plus de 30 ans et a pu rentrer sous conditions en Palestine, à Ramallah. Cet auteur a été publié dans au moins vingt-deux langues. Il occupe une place unique dans la littérature arabe contemporaine. Tour à tour épique, lyrique, narrative voire documentaire, son écriture puise aussi bien dans la plus haute tradition préislamique que dans les expériences de la modernité. Nourris d’une expérience intime de la lutte et de l’exil (dès l’âge de sept ans, le poète a dû fuir sous les balles de son village natal), ses textes nouent aujourd’hui en réseaux toujours plus serrés les fils du mythe, de la grande histoire et de la destinée individuelle, au plus près de la simplicité des choses quotidiennes. Je cherche depuis dix ans, confiait-il en 2003, le mot juste pour décrire la fleur de l’amandier au printemps. La beauté de la Palestine dit combien l’occupant reste étranger à la nature. Et peut-être que ce que le poète peut donner de plus fort à la résistance palestinienne, c’est de trouver le mot pour dire la fleur de l’amandier. Cette création a été donnée en octobre 2007 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris. |