Avec des racines plantées de l’autre côté de la Méditerranée, ce compositeur-arrangeur aux multiples cordes à son arc, a voulu comprendre pourquoi il était devenu oudiste à 20 ans... Parti à Alger avec sa caméra et ses appareils photo dans une quête de la mémoire familiale, il découvre plus largement le monde arabe contemporain. Après des pérégrinations en Égypte, au Liban et en Irak, son oud retraverse la Méditerranée enrichi d’images et de bandes magnétiques mixées, scratchées, en une matière vibrante – bruitiste presque. Sur ce fond visuel et sonore, les cordes de son oud augmenté (se) racontent des histoires d’amour et de séparation, d’exil, de non-dits et d’héritage transgénérationnel, cherchant à en restituer toutes les strates mémorielles. Création exigeante, Soleil d’Hiver laisse émerger un chant lointain, un bourdon continu entêtant, des sons et des images samplés en boucle et en direct, des motifs mélodieux qui traversent le temps et l’écran pour créer une musique fragmentée, parfois grinçante, discordante. Authentique palimpseste musical, on sent à l’écoute que l’artiste, tel un moine copiste, a gratté les anciennes partitions de son histoire pour y déposer un chapitre nouveau : à la fois électrique et électronique, arabe et complètement expérimental, contemporain et enraciné, dramatique et hypnotique !
Texte : FloR.Suds ; Photo © Maxime Rimmele